Regards
affligés.
Quel que soit l’établissement scolaire
où l’on se trouve, la salle des professeurs est très
souvent le théâtre des mêmes scènes.
Des professeurs dont l’emploi du temps est constellé
de trous patientent, agacés ou résignés, jusqu’à la
prochaine heure de cours. Les classes qui leur sont
confiées sont surchargées. Ils croulent sous les tas
de copies à corriger, les préparations de cours, les
réunions inutiles et les multiples autres tâches
dont la direction de l’établissement et l’inspection
pédagogique les accablent. Le tout sans bénéficier
de la moindre reconnaissance morale et surtout
financière. Le travail qui ne peut être effectué
durant les heures de trous, dans une salle des
professeurs parfois bruyante et généralement encore
moins propice à un travail intellectuel serein et de
qualité qu’un open space d’entreprise, s’accumule et
doit être réalisé tard le soir, le week-end et
durant les congés scolaires qui ne sont pas
totalement des vacances.
A tout moment de la journée, les conversations
portent sur la baisse du niveau général des élèves
et les résultats scolaires consternants de certains
d’entre eux que le passage automatique en classe
supérieure façon « tapis roulant » conduit de la
maternelle à la terminale, en dépit de résultats
indigents et d’une absence de travail.
Il est également régulièrement question du
comportement des élèves perturbateurs ou violents
qui jouissent d’une totale impunité. L’absence de
sanctions envers ces élèves de la part de la
direction de l’établissement est collectivement
déplorée, en vain. Les rapports d’incident
s’entassent, sans conséquence.
S’ajoutent désormais, de plus en plus fréquemment,
les cas d’élèves souffrant de graves troubles
psychiatriques et ayant un comportement imprévisible
et violent, maintenus dans des établissements
scolaires en raison du dogme de l’inclusion, alors
qu’ils relèveraient d’une instruction, d’une
éducation et de soins dispensés, dans un cadre
adapté, par des spécialistes volontaires et formés.
La baisse constante du niveau de vie est évoquée
pudiquement. Des décennies d’inflation non
compensées par l’augmentation du point d’indice ont
paupérisé les professeurs.
Les problèmes et leur ampleur sont évidemment
différents selon qu’il s’agisse d’un petit collège
rural, d’un grand lycée d’enseignement général situé
en centre ville bénéficiant encore d’une certaine
renommée, d’un lycée professionnel, d’un
établissement ayant un indice de position sociale
élevé ou d’un établissement relevant de l’éducation
prioritaire. Mais personne n’échappe au
déclassement, à la dévalorisation morale et sociale
aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de
l’établissement.
De nombreux professeurs souffrent d’épuisement
professionnel. Il est des signaux alarmants qui ne
trompent pas : ces regards affligés que l’on croise
; ces larmes d’un professeur qui craque pendant la
récréation après avoir été victime d’une énième
agression verbale de la part d’un élève ou avoir
subi les propos méprisants d’un chef d’établissement
autoritariste avec les professeurs et bienveillant
avec les élèves perturbateurs ; cette consternation
mêlée à une colère contenue après un entretien
lunaire, infantilisant, humiliant et entièrement à
charge avec un inspecteur et qui a débouché sur des
injonctions pédagogiques totalement déconnectées de
la réalité.
Alors que la charge de travail s’accentue au fil des
ans, que les conditions de travail se dégradent dans
tous les établissements et sont devenues totalement
indignes dans certains d’entre eux, alors qu’ils
sont confrontés aux violences verbales et parfois
physiques de la part d’élèves ou de leurs parents, à
l’autoritarisme de certains personnels de direction
ou inspecteurs et qu’ils font l’objet d’une
maltraitance institutionnelle, les professeurs font
toujours fonctionner l’Éducation nationale au prix
d’une énergie démesurée.
Rendons hommage à tous les professeurs qui tiennent
et font tenir ce qui reste d’efficace dans notre
École. Le SIES les entend, les défend, les soutient.
L’École Républicaine faisait, il y a encore une
quarantaine d’années, la fierté de notre Nation.
C’était un modèle pour de nombreux pays. Elle est
aujourd’hui totalement délabrée et doit être
refondée.
Pour cela, il faut avoir l’honnêteté et le courage
de nommer les choses, de dénoncer les maux qui
affectent notre institution et les nébuleux
principes idéologiques qui ont détruit l’École :
permissivité, pédagogisme, égalitarisme.
Avec la force que vous lui donnez par votre
adhésion, votre aide au quotidien, vos suffrages
lors des élections professionnelles, le SIES est
déterminé à poursuivre cette mission. Pour que les
professeurs ne soient pas relégués au rang
d’animateurs socioculturels. Pour défendre la
transmission des savoirs et des savoir-faire. Pour
que l’École Républicaine puisse à nouveau permettre
aux élèves de bénéficier d’un enseignement
favorisant une ascension sociale. Pour rendre à ceux
qui la servent leur dignité et la place qu’ils
méritent dans la société. Pour une École qui
instruise ! Pour des professeurs respectés !
Jean-Baptiste VERNEUIL - Président du
SIES
Version
au format .pdf pour impression, affichage et
distribution.
Lire
la brochure de présentation du SIES.
Plus qu’un
remaniement, c’est un sursaut qu’il faut pour les
professeurs !
Combattre
la culture de la violence et du couteau.
L’École
à couteaux tirés.
Le
casernement des professeurs.